4ème de couverture : L’or du Komo, une pièce de théâtre d’Efry Trytch Mudumumbula. Œuvre en 12 scènes, identité théâtrale héritée de Sony Labou Tansi, brisure des règles traditionnelles du classicisme.
La pièce, d’une fluidité stylistique déconcertante, aborde une actualité qui traverse le pays depuis des nuits : l’exploitation mafieuse des richesses forestières. Au centre du crime, le détournement du Kevazingo, une essence rare, qu’on ne trouve qu’au Gabon.
Le dramaturge, dans un style polar, explore les dessous macabres d’une conscience collective animée de conspiration, de concussion. À la manœuvre, la corruption de l’élite dirigeante. Pour quelle raison ? « C’est le système qui le veut. Il faut le comprendre. Il a faim des grades. Il a soif du pouvoir. » Voilà la voix qui domine la pièce. La conscience ténébreuse de chaque acteur trouve une sorte d’équilibre en bravant l’honneur, la morale, par des appétits nombriliques.
Malgré la forte morale qui traverse la pièce par ces formules proverbiales de la sagesse africaine, qui rappelle l’importance d’être attaché à la vie sacralisée, l’esprit du profit altère solidement l’être. Même quand les signes sont visibles du destin racinien, celui d’une mort programmée, personne ne veut reculer devant la part du gain qui tend les mains, si ta conscience te trahit ou plutôt, si tu trahis ta conscience. Tout le monde court vers la bêtise, en acceptant de se soustraire à la morale, le bien de tous, un équilibre a-normalité.
L’or du Komo, voilà le gâteau empiffré de vices dont chacun s’en sert pour remplir son ventre, oubliant qu’après, il y a le Komo, qui avale ceux qui ruinent la vie.
Dans une plume où coule l’encre de ceux qui sont nés au village, et qui savent conserver l’esprit des vivants, Mudumumbula témoigne assez fortement d’une société gabonaise en-dessous du seuil de dignité, où l’envers de la morale est devenu la nouvelle élite nationale que tout le monde rêve d’incarner, au détriment de la vie, mais oubliant, comme le rappelle L’OMBRE, que « la vérité est comme un fleuve : elle finit toujours par trouver la mer ».
Le dramaturge gabonais nous présente donc deux mondes, deux directions de vie. Entre ceux qui ont la conscience pourrie, prêts à tout pour parvenir à leurs fins, et ceux qui ont encore un brin d’honneur, mais n’ayant pas assez de poigne pour préserver l’éthique. Entre ceux qui ne veulent pas descendre de leur empire plein de vices, décidés à rester coûte que coûte au sommet de la bêtise, et ceux dont les conditions sociales précaires tiennent les rênes de l’absurdité et qui ne peuvent résister. Entre un Gabon vivant d’orifices du Kevazingo, et un Gabon dont la voix ancestrale s’estompe faute de lumière… parce que, quel que soit le choix, « tu perds déjà tout ».
C’est ce choix que le dramaturge t’invite à venir opérer à travers l’or du Komo : l’or pour (re)bâtir les identités souillées, ou l’or pour ténébrer la conscience du peuple et pousser le pays au fond des abysses.
André Zoula, chercheur et écrivain.
L’Auteur : Efry Trytch Mudumumbula est un écrivain Gabonais. Il est par ailleurs comédien à l’Atelier Dramatique Eyéno et fondateur du Collectif Des Auteurs Africains dit : CODAAF.
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